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Après sa visite à Pékin en mai 2026, Donald Trump a suspendu 25 milliards de dollars de ventes d’armes à Taïwan, laissant l’île face à un vide stratégique sans précédent depuis la guerre froide. Le PDG de Dassault Aviation, Éric Trappier, avait publiquement évoqué en septembre 2025 l’intérêt de Taipei pour le Rafale, une hypothèse qui change de nature dans ce nouveau rapport de forces. La France dispose de l’avion, Taïwan en a le besoin urgent, et les deux pays partagent déjà un demi-siècle d’histoire aéronautique commune.
Mais entre l’engagement franco-chinois de 1994, quatre-vingt-quinze milliards d’euros d’échanges commerciaux annuels et la ligne rouge de Pékin, Paris affronte une équation dont chaque terme contredit le suivant.
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Les 12, 13 et 14 mai 2026, Donald Trump a séjourné à Pékin. À son retour, il a annoncé la suspension de deux ventes d’armes à Taïwan : onze milliards de dollars approuvés en décembre 2025, et quatorze milliards supplémentaires destinés à financer un système de défense en cas d’invasion, mines sous-marines, missiles côtiers, drones. Trump a qualifié ces suspensions de « bonne monnaie d’échange » dans ses négociations commerciales et géopolitiques avec Xi Jinping. Le gouvernement taïwanais a immédiatement répondu, rappelant que Taïwan était « une nation démocratique, souveraine et indépendante » et invoquant les obligations américaines en vertu du Taiwan Relations Act, la loi adoptée par le Congrès en 1979 qui oblige Washington à fournir à Taipei les moyens de se défendre. La protestation est restée sans effet.
Vingt-cinq milliards de dollars de matériels militaires gelés en quelques jours. Depuis 1979, les États-Unis n’avaient jamais mis en pause des livraisons d’armes à Taïwan pour complaire à Pékin. Ce recul crée mécaniquement un appel d’air : si le principal fournisseur de l’île suspend ses engagements, Taipei doit trouver d’autres sources d’approvisionnement. La France reste, à cette date, le seul pays occidental disposant à la fois d’un chasseur multirôle exportable au niveau de performance requis et d’une flotte déjà en service à Taipei, trente ans après la livraison des premiers Mirage 2000-5.
Une flotte à bout de souffle
Des soixante Mirage 2000-5 livrés à Taïwan à la fin des années 1990, il n’en reste aujourd’hui qu’environ cinquante-trois en état de voler : quarante-quatre monoplaces et neuf biplaces. Ces appareils, conçus dans les années 1970 et modernisés depuis, arrivent en fin de cycle opérationnel. En 2024, Taipei a déboursé environ 340 millions de dollars en contrats avec le motoriste Safran et le missilier MBDA pour des pièces de rechange et des missiles air-air, simplement pour maintenir la flotte en état. Les délais de livraison de certaines pièces peuvent atteindre deux ans, comme l’a confirmé Éric Trappier devant des représentants taïwanais.
En septembre 2025, le PDG de Dassault Aviation a publiquement laissé entendre que Taipei souhaitait s’équiper du Rafale. Le volume estimé du contrat potentiel, entre trente-six et soixante appareils, avec armements, formation des pilotes, pièces de rechange et futures mises à jour, correspond à un remplacement quasi intégral de la flotte Mirage. Dans une note publiée en 2024, l’Institut français des relations internationales préconisait pour Taïwan une stratégie d’approvisionnement en armements auprès de plusieurs pays, afin de ne pas dépendre exclusivement des États-Unis. Marc Julienne, directeur du Centre Asie de l’Ifri, juge la demande taïwanaise « tout à fait crédible ».
Le 25 novembre 2025, le président taïwanais Lai Ching-te a annoncé dans une tribune publiée par le Washington Post un budget de défense spécial supplémentaire de quarante milliards de dollars sur huit ans. Le projet de budget 2026 porte les dépenses de défense à 3,32 % du PIB, premier franchissement du seuil des 3 % depuis 2009, avec un objectif affiché de 5 % d’ici 2030, soit un effort comparable à celui d’Israël. Le Parlement a bloqué le projet de loi dix fois depuis début décembre 2025. L’opposition, dominée par le Kuomintang, le parti historiquement favorable au dialogue avec Pékin, et le Parti populaire taïwanais, réclame davantage de transparence sur les achats envisagés.
Le Rafale en appoint des F-16V
En 2019, Taïwan a commandé soixante-six F-16V à l’américain Lockheed Martin. Il s’agit de la version la plus récente du F-16, un chasseur produit depuis les années 1970 et dont Taïwan exploite déjà des versions plus anciennes depuis les années 1990. Le premier des soixante-six nouveaux appareils a été remis officiellement lors d’une cérémonie en Caroline du Sud, le 28 mars 2025. La livraison de l’ensemble de la commande, initialement prévue pour fin 2026, a été repoussée en raison de la relocalisation des chaînes de production américaines et de perturbations d’approvisionnement.
Le Rafale ne viendrait donc pas remplacer seul la totalité de la flotte taïwanaise, mais s’associer aux F-16V dans une logique de double source : deux appareils différents, de deux pays différents, pour éviter qu’une rupture d’approvisionnement avec un seul fournisseur ne paralyse l’ensemble de l’aviation de combat. Taïwan développe par ailleurs le T-Dome, un système de défense antiaérienne multicouche, batteries de missiles sol-air superposées et radars de détection longue portée, inspiré du Dôme de fer israélien, annoncé par Lai Ching-te dans la même tribune de novembre 2025.
L’engagement de janvier 1994
Avant même d’envisager la réaction de Pékin, c’est un texte signé par Paris lui-même qui constitue le premier obstacle. Le communiqué conjoint franco-chinois du 12 janvier 1994 est explicite : « Pour tenir compte des préoccupations de la partie chinoise, le gouvernement français s’engage à ne pas autoriser à l’avenir les entreprises françaises à participer à l’armement de Taïwan. »
Pour comprendre pourquoi la France a signé un tel engagement, il faut remonter au début des années 1990. Le gouvernement d’Édouard Balladur avait autorisé la vente à Taïwan de six frégates La Fayette et de soixante chasseurs Mirage 2000-5, des contrats commerciaux très lucratifs pour l’industrie française, mais qui avaient provoqué la fureur de Pékin. La Chine avait alors rompu ses relations militaires avec la France et exigé, pour toute normalisation, un engagement écrit d’abandon de tout armement futur à Taipei. Paris avait accepté. Depuis 1994, aucun gouvernement français n’a procédé à la moindre livraison d’armement à Taïwan.
Dès que les déclarations de Trappier ont été rendues publiques, en septembre 2025, le Quai d’Orsay a répondu que « les propos d’acteurs privés n’engagent qu’eux-mêmes ». En mai 2026, lors de consultations diplomatiques à Pékin, le conseiller diplomatique de l’Élysée a « rappelé la position constante de la France, qui s’en tient à sa politique d’une seule Chine », c’est-à-dire la reconnaissance de la République populaire de Chine comme seul gouvernement chinois légitime, Taïwan n’étant pas reconnu comme État souverain. La même formulation figure mot pour mot dans les réponses officielles au Sénat. Marc Julienne, directeur du Centre Asie de l’Ifri, a déclaré être « sceptique sur la possibilité que la France vende de telles armes à Taïwan, pour des raisons géopolitiques ».
Tout contrat avec Taipei placerait Paris devant un choix sans issue confortable : répudier officiellement l’engagement de 1994, ou le contourner délibérément. Depuis trente ans, aucun gouvernement n’a voulu payer ce prix.
Ce que Pékin a déjà fait aux Américains
La Chine n’a pas attendu la question du Rafale pour démontrer sa capacité de représailles. En décembre 2025, après que Washington eut approuvé une vente d’armes à Taïwan pour 11,1 milliards de dollars, la plus importante depuis 2001, Pékin a sanctionné plusieurs entreprises de défense américaines en gelant leurs actifs sur le sol chinois. La réponse avait été rapide, ciblée, et sans négociation préalable.
Face à la France, les leviers disponibles sont comparables : gel du dialogue politique, rappel d’ambassadeur, sanctions contre les groupes industriels concernés, Dassault, Thales, Safran. Pékin mène aussi, en parallèle, une guerre d’influence visant à décrédibiliser le Rafale comme produit d’exportation. En décembre 2025, la télévision d’État chinoise CCTV a diffusé un reportage sur un exercice militaire organisé à Xuchang, dans la province du Henan, rassemblant plus de vingt unités de l’Armée populaire de libération. Un tableau tactique y montrait des chasseurs J-16 chinois affrontant des appareils portant des cocardes indiennes, dans un contexte de tensions entre Pékin et New Delhi après des opérations aériennes en Asie du Sud. Le South China Morning Post a relevé qu’il s’agissait de « la première fois que l’APL et la Police armée populaire font la promotion du wargaming à grande échelle ». Ce que le reportage ne montrait pas : ni les résultats de l’affrontement simulé, ni les méthodes employées. Toute affirmation selon laquelle des Rafale auraient été neutralisés lors de cet exercice relèverait d’une interprétation, non d’un fait établi. Pékin diffuse par ailleurs, via des relais diplomatiques et des comptes sur les réseaux sociaux, des images générées par intelligence artificielle visant à fragiliser la réputation des exportations françaises d’armement sur les marchés tiers.
Une filière Rafale déjà sous pression maximale
Le 12 février 2026, le Defence Acquisition Council indien, l’instance gouvernementale chargée des achats militaires à New Delhi, a approuvé l’achat de cent quatorze Rafale F4 à Dassault Aviation pour un montant d’environ 30,2 milliards d’euros. C’est le plus gros contrat export de l’histoire de l’avion. L’Inde a par ailleurs transmis une demande pour trente et un Rafale Marine supplémentaires, portant le total potentiel à cent quarante-cinq appareils. La France elle-même prévoit soixante et un appareils supplémentaires dans son budget de défense 2026, sa flotte passerait de deux cent vingt-cinq à deux cent quatre-vingt-six unités, auxquels s’ajoutent les commandes pour la Marine nationale.
Un contrat taïwanais de trente-six à soixante chasseurs viendrait s’empiler sur cet ensemble. Dassault Aviation n’a pas rendu publics ses objectifs de cadence de production au-delà du contrat indien. Les retards de livraison des F-16V à Taïwan, provoqués précisément par des tensions sur les chaînes d’assemblage américaines, constituent un avertissement concret : une filière saturée de commandes livre en retard, et c’est le client le moins prioritaire politiquement qui attend le plus longtemps.
Le cognac et les Airbus
Les échanges bilatéraux franco-chinois s’élevaient à quatre-vingt-quinze milliards d’euros en 2024, faisant de la Chine le cinquième partenaire commercial de la France. Le déficit atteignait quarante-six milliards d’euros, soit près de la moitié du déficit commercial global français. L’aéronautique représentait 5,3 milliards d’euros d’exportations vers la Chine, soit vingt-trois pour cent du total des ventes françaises sur ce marché ; le luxe, cinq milliards ; l’agroalimentaire, 3,1 milliards.
Depuis le 5 juillet 2025, la Chine applique des droits de douane punitifs sur les cognacs et armagnacs européens, avec des taux variant de 27,7 % à 34,9 % selon les producteurs, une riposte directe aux tarifs que l’Union européenne avait imposés sur les véhicules électriques fabriqués en Chine. En mai 2025, lors d’un échange téléphonique entre Xi Jinping et Emmanuel Macron, Pékin a placé la résolution de ce contentieux cognac au cœur des discussions : une filière régionale de quelques centaines de millions d’euros utilisée comme levier pour peser sur la politique commerciale d’un continent entier. Un durcissement sur l’aéronautique civile, Airbus a livré soixante-trois appareils à des compagnies chinoises en 2024 pour un chiffre d’affaires estimé à plus de sept milliards d’euros, représenterait une pression d’un tout autre ordre de grandeur.
Paris seul dans le vide américain
Les vingt-cinq milliards de dollars suspendus par Trump en mai 2026 créent un manque que Taïwan doit combler. Théoriquement, la France pourrait occuper cet espace. En pratique, le faire seul, sans position européenne commune, sans couverture diplomatique de Washington, reviendrait à porter seul un coût que les États-Unis eux-mêmes ont refusé de payer au moment précis où ils négociaient avec Pékin.
En 1994, Paris avait renoncé aux ventes d’armes à Taipei pour préserver ses relations avec Pékin, après avoir d’abord vendu les Mirage et les frégates. En 2026, Washington suspend ses propres livraisons pour ménager la Chine dans une négociation commerciale plus large. Les deux décisions, prises à trente ans d’intervalle, convergent vers le même résultat : Taïwan se retrouve avec moins d’armes et moins de garants. Macron devrait arbitrer entre l’image d’une France puissance d’équilibre dans l’Indo-Pacifique, capable de décider seule, indépendamment de Washington comme de Pékin, et la préservation d’un accès commercial à un marché qui absorbe chaque année plus de cinq milliards d’euros de produits industriels et de luxe français. Les deux positions ont été défendues simultanément par ses gouvernements successifs. Elles ne peuvent plus l’être ensemble.



Hello
pourquoi les européens dont courbettes sérieux
la France est indépendante
la chine aussi
Taiwan aussi
alors quoi on se tait on fait allégeance encore a la chine …ils nous polluent avec leurs ….et on doit se taire ..’pauvre France on comprends pourquoi elle n’a plus d autorité dans ce monde
Les chinois peuvent banir les produits francais sans aucune gene et donc notre deficit, deja enorme, augmenterait. Le respect et la fierte nationale n’ont rien a voir dans le commerce international, surtout avec une superpuissance.
Ah… Je ne savais pas que notre balance commerciale avec la Chine était positive à ce point. Cela vaut bien, pour la nation symbole des Droits de l’Homme et des Lumières, la trahison d’un pays démocratique et partenaire et se coucher devant une dictature.
Les indiens pourrait vendre leur rafale à Taïwan
Le miroir aux alouettes avec la Chine Populaire est bientôt terminé mais certains s’obstinent. Tout partenariat avec la Chine Populaire se termine par de graves déconvenues pour nos industriels. Ce sera la même chose pour Stellantis qui n’a rien compris de son partenariat avec Dongfeng et risque de finir comme Volvo. Et je ne parle pas d’Airbus, un article l’évoque. Ou même le luxe français remplacé par le luxe Made in China. La France est imprudente à se rendre dépendante de la Chine. Mais perdre Taïwan aurait des conséquences terribles. Il faut aider au maintien du statut quo et ça passe par des ventes d’armes à Taïwan. Rappelons que la Chine collabore largement militairement avec… l’Iran et la Corée du Nord.