Défense : le Sénat exige trente Rafale de plus

Le Sénat exige 30 Rafale supplémentaires et 14 milliards de plus dans la Loi de programmation militaire. La France ne compte que 109 chasseurs en service, son niveau le plus bas depuis des décennies.

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109 chasseurs Rafale en service dans l’armée de l’Air et de l’Espace : c’est le niveau le plus bas depuis des décennies, pour une puissance qui exporte cet avion aux quatre coins du monde. Les sénateurs ont tranché en commission fin mai : ils exigent trente appareils supplémentaires que le gouvernement ne voulait pas commander, et ajoutent des milliards à la loi qui planifie les dépenses militaires de la France jusqu’en 2030. Le bras de fer s’ouvre en séance publique le 2 juin.

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Le 27 mai 2026, la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat a adopté une version substantiellement modifiée du projet d’actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030, le texte qui fixe, pour six ans, les budgets et les objectifs des armées françaises. Le projet présenté par le gouvernement prévoyait 36 milliards d’euros de crédits supplémentaires, portant l’enveloppe globale à 436 milliards d’euros sur la période. Il ne programmait aucune commande additionnelle de Rafale.

Les sénateurs ont ajouté 14 milliards d’euros. La LPM atteint désormais, dans leur version, 450 milliards d’euros. L’objectif d’effort de défense est porté à 2,7 % du PIB en 2030, contre 2,5 % dans le texte de l’exécutif. Cédric Perrin, président de la commission et artisan de ces modifications, a jugé que le projet initial se contentait de « sécuriser la loi de programmation précédente » — autrement dit, de reconduire les engagements déjà pris sans augmenter réellement les capacités militaires.

Le texte avait été adopté à l’Assemblée nationale le 19 mai 2026, par 440 voix contre 122, majorité confortable, mais sans les trente Rafale. C’est au Sénat, dont l’examen en séance publique débute le 2 juin, que la commande a été ajoutée.

109 appareils en service, et deux pilotes morts

L’armée de l’Air et de l’Espace aligne aujourd’hui 185 avions de chasse au total, Rafale et Mirage 2000 confondus. Parmi eux, 109 Rafale sont strictement en service opérationnel. La Marine nationale dispose de 41 Rafale M supplémentaires, des appareils adaptés pour décoller et se poser sur le porte-avions, ce qui porte le total à 150 chasseurs Rafale pour l’ensemble des forces françaises. Ces appareils volent à un rythme supérieur de 15 % à ce que leur cycle de maintenance prévoit, signe d’une flotte poussée au-delà de ses limites.

Le 6 novembre 2025, le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, a déclaré : « Notre format doit viser non pas 185, mais 230 avions de chasse. » Les 30 Rafale demandés par le Sénat ne comblent qu’une partie de cet écart de 45 appareils.

Le 14 août 2024, deux Rafale de la base aérienne 113 de Saint-Dizier sont entrés en collision lors d’un exercice au-dessus de la Meurthe-et-Moselle. Le capitaine Sébastien Mabire et le lieutenant Matthis Laurens ont été tués. L’accident s’est produit dans une flotte sous tension permanente, où chaque appareil vole bien au-delà de ce que son calendrier de maintenance prévoit.

Vingt pour l’Air, dix pour la Marine

La répartition est fixée à 20 appareils au standard F4, la version la plus récente du Rafale dotée de capacités radar et d’armement améliorées, pour renforcer les escadrons de chasse de l’armée de l’Air et de l’Espace, et 10 Rafale M pour la Marine nationale, destinés à opérer depuis le porte-avions. Le Sénat a également exigé l’achat de trois frégates de premier rang supplémentaires, c’est-à-dire des navires de guerre de haute mer capables d’engagements dans les conflits les plus intenses.

Sébastien Lecornu, aujourd’hui Premier ministre, avait lui-même plaidé pour cet achat lorsqu’il occupait le poste de ministre des Armées. Le gouvernement qu’il dirige défend désormais un texte qui n’y figurait pas.

Dassault a 233 Rafale à livrer

Fin 2025, le carnet de commandes de Dassault Aviation recensait 533 Rafale commandés fermes, dont 175 destinés à des clients étrangers. Il restait 233 appareils à livrer. La cadence de production a été portée à 4 appareils par mois.

Le 28 avril 2025, l’Inde a signé un contrat portant sur 26 Rafale Marine pour 6,5 milliards d’euros. Dans ce carnet saturé, 30 appareils supplémentaires commandés par l’État français s’insèrent derrière une file déjà longue. À quelle date effective ces chasseurs pourraient être livrés aux forces françaises, le texte sénatorial ne le précise pas.

Depuis 2016, la France a vendu des Rafale à l’Égypte, au Qatar, à l’Inde et à la Grèce. Elle en exploite elle-même, dans ses forces aériennes, moins d’appareils que ce que ces quatre pays ont commandé au total.

La Haye, 5 %, et la France à 2,07 %

Les 24 et 25 juin 2025, au sommet de l’OTAN à La Haye, les 32 membres de l’Alliance ont pris un engagement collectif : consacrer 5 % de leur PIB à la défense et à la sécurité d’ici 2035, dont 3,5 % strictement pour la défense. En 2025, la France y consacre 2,07 %. L’objectif sénatorial de 2,7 % en 2030 ne comble pas l’écart.

La revue nationale stratégique française, le document officiel qui évalue les menaces pesant sur le pays, évoque explicitement le risque d’une « guerre majeure de haute intensité » en Europe. Les sénateurs s’appuient sur ce cadre pour justifier l’ampleur des investissements demandés : des moyens jugés insuffisants enverraient un signal de faiblesse à un moment où la France « ne fait pas extrêmement peur ».

Cédric Perrin a indiqué lors des travaux en commission : « Il faut considérer que demain, ce n’est pas dans dix ans, ce n’est pas dans cinq ans. Demain, c’est demain. » La question du financement des 14 milliards supplémentaires reste sans réponse précise, aucune piste budgétaire n’ayant été détaillée dans un contexte de comptes publics dégradés. Pour les sénateurs, la réponse tient en quatre mots : une « question de priorité ».



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