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- Le chef d’état-major indien à Paris
- Mai 2025 : un Rafale abattu sur fond de guerre éclair
- 29 escadrons pour une guerre sur deux fronts
- De 36 appareils à 176 : dix ans de Rafale en Inde
- F4, F5 et drones : le contenu exact de la commande
- Le verrou des ICD
- Nagpur, Hyderabad : la première usine Rafale hors de France
- Les cadences de production, premier risque industriel
New Delhi a transmis à Paris sa lettre de demande officielle pour l’achat de 114 chasseurs Rafale, 34 milliards d’euros, le plus grand contrat d’armement aérien jamais négocié. Narendra Modi arrive en France dans dix jours pour le G7.
Le chef d’état-major indien à Paris
La lettre de demande, la Letter of Request dans le jargon de la procédure d’acquisition indienne, est arrivée à Paris la semaine dernière. Ce document formel enclenche une obligation de réponse française. Paris dispose de deux à trois mois pour formuler sa position officielle. Une fois cette réponse reçue, l’Inde émettra sa demande de proposition commerciale formelle, qui ouvrira les négociations proprement dites.
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Le maréchal de l’air Amar Preet Singh, chef de l’Indian Air Force, a entamé sa visite de quatre jours en France le 1er juin. Il a rencontré des officiers supérieurs français, les dirigeants de Dassault Aviation et les cadres de MBDA, le groupe franco-britannique qui fabrique les missiles Meteor et SCALP emportés par le Rafale. Son déplacement coïncide avec le sommet du G7 qu’organise la France à Évian-les-Bains du 15 au 17 juin, auquel Narendra Modi participera, ainsi qu’avec le salon « Bharat Innovates » à Nice les 14 et 15 juin. Un accord-cadre entre les deux gouvernements devrait y être annoncé. Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a déclaré vouloir signer le contrat dans le courant de 2026. Le ministère des Armées n’a pas répondu aux demandes de commentaires.
Mai 2025 : un Rafale abattu sur fond de guerre éclair
Le 7 mai 2025, l’Inde déclenchait l’opération Sindoor. Pendant soixante-douze heures, ses forces armées frappaient des cibles au Pakistan en représailles à l’attentat commis à Pahalgam, au Cachemire. L’IAF engageait ses Rafale depuis l’espace aérien indien, sans pénétrer le territoire pakistanais. Les missiles SCALP, les munitions HAMMER et les drones kamikazes SkyStriker effectuaient des frappes de précision documentées.
Puis l’information a filtré. Au moins un Rafale aurait été abattu, touché par un missile air-air chinois PL-15E tiré depuis un F-16 pakistanais. Cette combinaison a frappé les analystes : le missile est une fourniture de Pékin, l’avion une acquisition ancienne auprès de Washington, deux puissances que l’Inde surveille simultanément, et dont la coopération tacite a ici produit un résultat opérationnel. Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a confirmé la perte, en précisant que l’appareil opérait bien depuis le territoire indien. New Delhi n’a jamais officiellement admis cette perte.
Une défaite tactique partielle a produit une accélération politique. La perte d’un appareil face à cette combinaison a renforcé les partisans d’une modernisation accélérée à New Delhi, et transformé en urgence ce qui restait un dossier en cours de négociation.
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29 escadrons pour une guerre sur deux fronts
En septembre 2025, les derniers MiG-21 ont été retirés du service. L’armée de l’air indienne compte désormais 29 escadrons opérationnels. Son propre état-major juge qu’il en faudrait au minimum 42 pour faire face simultanément à la Chine au nord et au Pakistan à l’ouest, le scénario de référence de la planification militaire indienne depuis les années 2010. Le déficit est de treize escadrons.
D’autres flottes vieillissantes doivent suivre les MiG-21 vers la retraite : des versions anciennes du MiG-29 russe, du Jaguar britannique et du Mirage 2000 français. Les 114 Rafale du programme MRFA, Multi-Role Fighter Aircraft, avion de combat multirôle, permettraient de former six escadrons supplémentaires, portant la flotte indienne de Rafale à 176 chasseurs une fois ajoutés aux 62 appareils déjà commandés.
De 36 appareils à 176 : dix ans de Rafale en Inde
Le premier contrat remonte à 2016 : 36 Rafale, livrés à l’IAF entre 2020 et 2022. Le 28 avril 2025, un deuxième contrat a été signé pour 26 Rafale Marine, 22 monoplaces et 4 biplaces, pour 6,5 milliards d’euros, destinés aux deux porte-avions indiens, avec des livraisons débutant en 2029.
Le feu vert décisif a été donné le 12 février 2026, lorsque le Defence Acquisition Council, l’instance du ministère indien de la Défense qui approuve les grands programmes d’armement, a formalisé son accord pour le programme MRFA, à la veille d’une visite d’Emmanuel Macron à New Delhi. C’est cette décision qui a ouvert la voie à la transmission de la lettre de demande fin mai. La France est devenue le deuxième fournisseur d’armement de l’Inde, ses parts de marché progressant au détriment de la Russie. L’Inde est de très loin le premier destinataire des transferts de licences de fabrication d’équipements militaires français.
F4, F5 et drones : le contenu exact de la commande
Sur les 114 appareils, environ 90 seraient commandés au standard F4, la version actuellement en service dans l’armée française : radar à antenne active, missiles longue portée Meteor, système de guerre électronique perfectionné. Les 36 Rafale déjà opérationnels dans l’IAF seraient modernisés à ce même standard dans le cadre du contrat.
Les 24 appareils restants feraient l’objet d’une commande au standard F5, dévoilé au salon du Bourget en juin 2025. Ce standard associe le Rafale à un drone de combat que le pilote peut diriger depuis son cockpit, avec une entrée en service prévue vers 2030. Si ce volet est confirmé, l’Inde deviendrait le premier pays étranger à acquérir cette version. La France finance seule ce programme depuis le retrait des Émirats arabes unis fin 2025, et cherche un partenaire pour en partager les coûts de développement. Les premières livraisons du programme MRFA sont attendues à partir de 2030 pour les appareils livrés prêts à voler depuis la France.
Le verrou des ICD
L’obstacle principal à une signature rapide tient à un sigle : ICD, pour Interface Control Documents. Ces documents décrivent la façon dont les systèmes embarqués du Rafale interagissent avec les armements extérieurs. Sans y avoir accès, l’Inde ne peut intégrer ses propres missiles dans l’avion sans solliciter à chaque fois l’accord de Paris. Les missiles concernés, l’Astra missile air-air à longue portée, le Rudram missile antiradiation, et le BrahMos-NG version miniaturisée du missile supersonique développé avec la Russie, sont au cœur des programmes d’armement indigène indien. New Delhi a posé sa condition : sans accès aux ICD, les négociations seraient rompues.
Paris refuse de livrer le code source logiciel. Deux motifs sont avancés : la protection de la propriété intellectuelle de Dassault, et la crainte qu’un transfert impliquant des systèmes à composante russo-indienne, le BrahMos étant développé en coopération avec Moscou, n’expose des données sensibles. Un compromis est en cours de négociation : un accès partiel aux ICD sans accès au code source, permettant l’intégration de sous-systèmes extérieurs sans toucher au cœur logiciel de l’appareil.
Le ministère indien de la Défense a depuis adopté un ton plus mesuré. Un responsable a indiqué « qu’aucun pays ne livre ses codes sources propriétaires » et que le contrat « reste bien sur les rails ». Rostec, le conglomérat d’armement russe, a discrètement reproposé le Su-57 à New Delhi. Les analystes indiens jugent cette offre peu crédible au regard de l’état des relations indo-russes et des contraintes liées aux sanctions occidentales, mais elle nourrit la pression négociatrice indienne face à Paris.
Nagpur, Hyderabad : la première usine Rafale hors de France
La lettre de demande prévoit 22 appareils livrés directement depuis la France, prêts à voler sans montage local, pour répondre à l’urgence opérationnelle immédiate. Les 92 restants seraient assemblés ou fabriqués en Inde, répartition encore en discussion. L’objectif affiché est de 50 à 60 % de composants fabriqués localement, conformément au plan d’autosuffisance industrielle « Atmanirbhar Bharat ».
En juin 2025, Dassault Aviation et Tata Advanced Systems Limited ont officialisé un partenariat pour la construction d’une usine à Hyderabad, dédiée à la fabrication des sections avant, centrale et arrière du fuselage du Rafale. Les premières sections doivent sortir de chaîne vers 2028 : c’est la première fois que des fuselages de Rafale seront produits en dehors de la France. La coentreprise Dassault Reliance Aerospace Limited, implantée à Nagpur, fabrique déjà des pièces de structure du Rafale acheminées vers la France. Un accord distinct a été conclu avec le groupe Hical pour des pièces de précision destinées aux commandes de vol.
Des employés d’entreprises indiennes suivent actuellement une formation chez Dassault en France. À l’issue d’un audit conduit par l’État indien, au moins deux sociétés devraient obtenir une licence de fabrication d’avions de combat. Dassault mènerait ensuite des négociations pour choisir son partenaire de production, avant la création éventuelle d’une coentreprise. Les groupes Tata, Mahindra et Adani sont mentionnés par la presse indienne. « On sait faire du 50 % de contenu local », a déclaré Éric Trappier, PDG de Dassault Aviation.
Les cadences de production, premier risque industriel
Au 31 décembre 2025, le carnet de commandes de Dassault Aviation affichait 220 appareils à livrer, avant même la signature du contrat indien. En 2025, le groupe a livré 26 Rafale ; pour 2026, l’objectif est de 28, soit environ 2,3 par mois. Dassault vise ensuite une « cadence 4 » de 48 appareils par an pour 2028-2029, puis une « cadence 5 » à 60 appareils annuels à partir de 2030.
Des goulets d’étranglement chez certains équipementiers pourraient peser sur ces délais, un risque que New Delhi surveille. La procédure d’acquisition indienne comporte douze étapes réglementaires. La signature finale requiert l’approbation du Cabinet Committee on Security, l’instance de sécurité nationale présidée par le Premier ministre. Trappier vise une conclusion en 2026. Plusieurs analystes placent la signature finale plutôt au début de 2027.



Comment les américains accueillent ces commandes faites à la France ? Comme pour les sous marins australiens vont-ils agir “à couvert” pour tenter une nouvelle fois leur chance ? En moins de 5 années, Dassault Aviation doit doubler ses capacités de production! Est-ce réalisable ?Est-ce une partie ou la totalité du programme que les usines indiennes vont développer à l’issue d’un accord ?