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Erevan a choisi le constructeur européen pour rééquiper ses forces armées, une décision prise dans le sillage direct de la visite d’État d’Emmanuel Macron. Depuis 2020, chaque contrat signé par l’Arménie avec un fournisseur occidental est lu dans la région comme un signal politique autant que militaire. Celui-là sera scruté à Moscou et à Bakou.
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Un premier contrat, et déjà des questions
Le 18 juin 2026, Airbus Helicopters a annoncé la signature d’un contrat portant sur six hélicoptères H145 avec la République d’Arménie. Destinés aux forces armées pour des missions de transport, ces appareils constituent la première commande jamais passée par Erevan auprès du constructeur européen. Airbus l’a souligné dans son communiqué : l’Arménie entre dans le cercle de ses clients militaires.
L’H145 est un hélicoptère biturbine léger de nouvelle génération, produit dans l’usine Airbus de Donauwörth, en Allemagne. Il existe en deux versions principales : une version civile, largement déployée par des services de secours et des opérateurs parapublics en Europe, et une version militarisée désignée H145M, capable d’intégrer des systèmes d’armes, des capteurs de surveillance et des équipements de protection avancés. Cette seconde version équipe notamment les armées allemande, espagnole et hongroise.
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Le montant du contrat arménien n’a pas été rendu public. Le calendrier de livraison n’est pas précisé. Et la version exacte commandée reste dans le flou : Reuters a écrit « six H145 military helicopters for transport missions » ; certains médias français ont opté pour « hélicoptères de gamme civile fournis à l’armée ». Les deux formulations sont techniquement défendables, mais elles ne recouvrent pas la même réalité opérationnelle. Un H145 transport et un H145M ont des capacités très différentes sur un théâtre militaire, et pour les voisins de l’Arménie qui liront ce contrat avec attention, la distinction compte.
L’hélicoptère qui monte en altitude
L’H145 pèse 3 800 kilogrammes en charge maximale au décollage. Ce n’est pas sa taille qui plaide pour lui dans le contexte arménien, c’est ce qu’il fait à haute altitude.
Une part importante du territoire arménien se situe au-dessus de 1 000 mètres. Les vallées sont encaissées, les hivers rudes, les températures estivales élevées en altitude. Ces conditions dégradent les performances de la plupart des hélicoptères classiques, en réduisant la portance et la puissance disponible. L’H145 a été conçu pour y opérer : des services de secours et des opérateurs civils ont documenté des atterrissages en zone montagneuse avec une capacité d’emport opérationnelle maintenue, une performance rare dans cette catégorie de masse.
L’appareil embarque deux moteurs Safran Arriel 2E dotés d’un système de gestion électronique intégrale du moteur, le FADEC, qui optimise automatiquement les réglages en fonction des conditions de vol. Son avionique numérique Helionix intègre un pilote automatique quatre axes. Pour des équipages arméniens en cours de conversion depuis des Mi-8 soviétiques, cette automatisation réduit la charge de travail en vol sur les profils de mission les plus contraignants. La nouvelle architecture à cinq pales du rotor, sans paliers et en matériaux composites, diminue le diamètre de rotation et facilite les opérations en espaces restreints.
Avec une autonomie dépassant trois heures de vol, l’H145 peut transporter jusqu’à dix passagers en plus de l’équipage. Il couvre ainsi les besoins de transport de troupes, de logistique légère et d’évacuation sanitaire qu’Erevan a identifiés comme prioritaires depuis 2020.
Né à Erevan, signé six semaines plus tard
Le 3 mai 2026, Emmanuel Macron a atterri à Erevan pour une visite d’État de trois jours. Le 5 mai, lui et le Premier ministre arménien Nikol Pachinian ont signé une déclaration conjointe établissant un partenariat stratégique bilatéral, premier du genre entre les deux pays. Le volet défense de cette déclaration mentionnait explicitement des hélicoptères H145, des équipements et uniformes du groupe Sofema, un distributeur français spécialisé dans les fournitures militaires, et un cadre de coopération dans les technologies de défense et les systèmes d’armes. Six semaines plus tard, Airbus communiquait sur la signature du contrat.
Dans le même mouvement, la compagnie arménienne FlyOne Armenia a annoncé la commande de deux Airbus A321neo. La même visite diplomatique a donc produit des contrats dans l’aéronautique civile et militaire, avec le même constructeur européen. Avant ce déplacement, Macron avait déclaré que la France entendait aider l’Arménie à garantir sa sécurité sans dépendre exclusivement de la Russie. Les contrats de mai et juin traduisent cet engagement en actes.
Depuis 2020, Erevan change de fournisseurs
En septembre 2020, l’Azerbaïdjan a lancé une offensive militaire dans le Haut-Karabakh, territoire disputé peuplé majoritairement d’Arméniens. En quarante-quatre jours, il a repris le contrôle de la région en combinant drones Bayraktar TB2 d’origine turque, artillerie de précision israélienne et systèmes d’observation que l’armée arménienne n’avait pas les moyens de contrer. Les hélicoptères Mi-24 arméniens ont été détruits au sol ou neutralisés. Les Mi-8 de transport, trop lents et trop vulnérables face aux drones, n’ont pas compté dans l’issue du conflit.
Depuis 2021, le gouvernement Pachinian a diversifié ses fournisseurs d’armements vers l’Inde et la France, au détriment de la Russie, dont les dernières livraisons de Mi-8MTV-5 à l’Arménie remontent à 2022. Le Stockholm International Peace Research Institute, le SIPRI, organisme de référence pour le suivi des transferts d’armes dans le monde, a confirmé cette réorientation dans ses rapports annuels, avec une part croissante de Paris et de New Delhi dans les importations arméniennes.
Du côté français, la liste des contrats confirmés est désormais longue : fusils de précision PGM, lettre d’intention pour des radars de détection aérienne Ground Master GM200 de Thales, 36 canons Caesar 6×6 commandés à KNDS France en 2024 avec des premières livraisons observées en 2026, véhicules blindés Bastion fabriqués par Arquus. L’Inde a fourni des systèmes de roquettes Pinaka et divers équipements d’artillerie. Les six H145 s’ajoutent à cet ensemble.
Pour financer ce réarmement, l’Arménie a porté son budget de défense à 665 milliards de drams en 2025, soit environ 1,7 milliard de dollars, une hausse d’environ 20 % par rapport à 2024, portant la part de la défense dans le PIB à environ 6 %. Dans ses déclarations publiques, Pachinian a présenté la diversification des fournisseurs militaires comme un choix politique assumé, lié selon lui à la passivité de Moscou lors du conflit de 2020.
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Six appareils, c’est modeste dans un carnet de commandes qui dépasse cinq cents unités brutes sur l’ensemble de la gamme pour le seul exercice 2025. Airbus Helicopters a mesuré l’enjeu autrement : l’Arménie est le premier pays du Caucase du Sud à commander des hélicoptères du constructeur pour ses forces armées.
Jusqu’ici, le parc militaire de la région était composé d’appareils conçus à l’époque soviétique, Mi-8, Mi-17, Mi-24, maintenus avec des pièces russes par des techniciens formés dans cette tradition technique. Entrer dans ce parc engage un cycle long : formation des mécaniciens arméniens, contrats de maintenance pluriannuels, intégration dans les procédures logistiques des forces armées. La direction d’Airbus Helicopters a indiqué vouloir accompagner l’Arménie sur la durée, en matière de formation des équipages et d’évolution future de la flotte. Le constructeur a suivi ce même modèle à Chypre et en Roumanie lors de leur transition depuis des appareils d’origine soviétique.
Sur le segment des hélicoptères légers et moyens à usage militaire, la concurrence est directe : Bell et Sikorsky, tous deux américains, et l’italien Leonardo sont présents dans la plupart des appels d’offres de défense en Europe et dans les pays alliés. Airbus a remporté ce premier contrat arménien face à ces acteurs, dans un contexte où le choix d’Erevan pour un appareil européen n’a pas été dissociable du partenariat politique construit avec Paris.
Six hélicoptères dans un Caucase sous tension
L’Azerbaïdjan suit les acquisitions arméniennes depuis 2020 tout en poursuivant ses propres programmes. Bakou a continué d’acheter des drones Bayraktar à la Turquie, des équipements israéliens, et maintient des liens d’approvisionnement avec la Russie. L’équilibre militaire dans le Caucase du Sud n’est pas figé.
L’Arménie reste formellement membre de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective, l’OTSC, le pacte d’alliance militaire conduit par Moscou qui regroupe plusieurs ex-républiques soviétiques, mais a suspendu sa participation à certaines de ses activités depuis 2023. Sur le plan des acquisitions militaires, la rupture avec Moscou est opérante. Erevan se retrouve dans une position délicate : sorti de facto de l’orbite militaire russe, sans pour autant pouvoir rejoindre l’OTAN, qui n’a pas vocation à accueillir un pays du Caucase à court terme.
Des think tanks et médias proches des positions russes ou azerbaïdjanaises ont dénoncé ce qu’ils décrivent comme un basculement arménien vers l’Occident, susceptible de rigidifier les rapports de force régionaux. À Erevan, la lecture est inverse : après le silence de l’OTSC pendant le conflit de 2020, diversifier les fournisseurs est présenté comme un impératif de souveraineté.
La vitesse à laquelle l’armée arménienne parviendra à intégrer les H145 dans ses opérations, formation des pilotes, maintenance, interopérabilité avec une flotte encore partiellement soviétique, déterminera ce que ce contrat change concrètement sur le terrain.


